Les prémices de la grande guerre
 
En Méditerranée, en 1913 pendant des manœuvres navales sur le croiseur Edgar Quinet, Félix Peaucou était cordier arrimeur : "Le 30 mai au large de Porto-Vecchio (en corse) où l'escadre avait relâché, les cerfs-volants se firent particulièrement remarquer. Les évolutions se déroulèrent au cours d'une belle journée ensoleillée, mais par une faible brise (environ 3 à 4 m/s). On allait voir l'avantage des cerfs-volants maritimes sur les cerfs-volants terrestres, car il nous suffisait d'acquérir avec le bateau une certaine vitesse pour créer ce vent qui nous manquait, et même en excédent.
 
"L'Edgar Quinet", que commandait le capitaine de vaisseau Héritier, reçut l'ordre de marcher à pleins feux, ce qui signifiait une allure de vingt et un nœuds (soit environ 38km à l'heure). Une équipe de marins, encadrée par l'équipe terrestre mieux entraînée et rompue à toutes les manœuvres rapides et délicates des cerfs-volants, se mit aussitôt à la besogne.
 
 
Le montage et l'envolée des cerfs-volants se faisaient, bien entendu, sur la plage arrière du bateau (Edgar Quinet), juste derrière la timonerie, entre deux tourelles de 194mm jumelées. Le treuil automobile était remplacé par deux treuils électriques séparés mais conçus de la même façon pour recevoir ou dérouler les câbles. Les opérations étaient entièrement conduites par le capitaine Saconney secondé par le lieutenant Cholley et en présence de l'Etat-Major et des officiers du bâtiment.

Ce fut le lieutenant Cholley qui fit la première ascension. Les officiers supérieurs de la Marine manifestèrent le désir de monter à leur tour pour goûter à ces sensations si peu connue d'une envolée par cerfs-volants ! Tous se déclarèrent enchantés à leur descente, ne ménageant pas leurs félicitations au réalisateur de ce mode d'observatoire aérien ".
 
La Grande Guerre
 
Le samedi 1er août 1914, la France informée de la déclaration de guerre de l'Allemagne à la Russie, décrète la mobilisation générale à 4 heures de l'après-midi. Le 3 août 1914 l'Allemagne déclare la guerre à la France.

Lorsque la guerre éclate, le laboratoire de téléphotographie est organisé en trois sections installées à Toul, Verdun et au sein du camp retranché de Paris. Chacune d’entre elles comprend une petite équipe de trois personnes : un officier, un dessinateur et un photographe, disposant de deux appareils photographiques ainsi que de matériel de développement.

Les cerfs-volants et les ballons captifs sont alors considérés comme des plates-formes adaptées à la prise de vues aériennes. Dès les premières heures du conflit, l’idée de prendre des clichés depuis un aéroplane ressurgit. Ainsi, le 2 août 1914, le directeur de l’aviation de la 1ère armée signale que la présence du capitaine Saconney, directeur depuis novembre 1912 du laboratoire d’aérologie et de téléphotographie de Chalais-Meudon, s’avère « indispensable à l’interprétation des épreuves photographiques ». Aussi demande-t-il le rattachement de ce dernier et de son équipe de photographie aérienne avec cerf-volant et ballons captifs au service aéronautique de la 1re armée, à Épinal.
 
Les Missions

Le Capitaine Saconney ainsi basé à Epinal organise une section automobile d'Aérostiers.

Il utilise les cerfs-volants Saconney et le ballon sphérique des anciennes compagnies de campagne (modèle 1876), le treuil automobile pour la manoeuvre de ses trains de cerfs-volants, des camions et des autobus pour le personnel, ce qui lui permet de parcourir chaque jour 20 à 40 kilomètres autour de son lieu d’affectation.

Mais il est obligé de rentrer tous les soirs à Epinal avec son équipe, sans quoi ils auraient peut-être étaient considérés comme déserteurs.

Saconney est non seulement l'organisateur, mais aussi le seul observateur.

Par vent supérieur à 10 mètres seconde, il utilise un train de cerfs-volants pour effectuer ses observations.

   

Le 28 août 1914, Saconney s'installe sur la Mortagne (40 Km d'Epinal). Avec son équipage, il parcourt le front de l'Est pendant 14 jours, se relie par téléphone avec les premiers canons lourds, règle les tirs, repère des batteries ennemies, signale des mouvements de troupes, surveille les convois sur les routes.

Ses observations sont transmises par des relais de coureurs, puis des liaisons téléphoniques sont établies.

Mais devant la poussée des Allemands, sa compagnie se replie, pour être placée sur le front compris entre Vic-sur Aisne (Aisne), et Furne en Belgique, à compter du 27 septembre 1914.

Une seconde compagnie, la 30e, constitué plus tardivement, fait également des observations aériennes tant en ballons qu'en cerfs-volants. Cette 30e compagnie de Saconney quitte le front de l’est pour aller opérer jusqu’à la mer du Nord.

Du 27 septembre 1914 au 10 février 1915, elle effectue un total de 172 heures d'observation dont 48 heures avec des cerfs-volants et 114 avec des ballons sphériques, effectuant 80 repérages de batteries, 67 réglages de tirs d'artillerie.

   
Quant à la 39e compagnie, elle mérite, en avril 1915, une citation où l'on relève : " … n'a pas hésité, à deux reprises différentes, pour mieux voir et mieux régler le tir de nos batteries, à se porter avec son ballon et ses cerfs-volants à très courte distance des lignes allemandes". A cette époque, sur 94 compagnies d'aérostation, il y en avait une dizaine qui étaient dotées d'une section de cerfs-volants.
 
   
Lucien Frantzen, blessé, est muté à l'école de tir de Cazaux (Gironde) dans le service des tirs aériens sur des objectifs, remorqués par cerf-volant. Ci-dessous, un extrait de la lettre de L. Frantzen à son Colonel lors de son arrivée à Cazaux
 
   
Déclin de l'utilisation des cerfs-volants
 
L'aviation commence à donner de véritables preuves de fiabilité alors que le rendement des cerfs-volants est remis en cause. De plus, à la lecture des comptes-rendus militaires de l'Aérostation, on note que l'hiver 1915 est très brumeux, empêchant toutes élévations avec quelques matériel que ce soit, obligeant les fantassins à subir les tirs meurtriers de l'ennemi.
 
"La première quinzaine de Janvier a été caractérisée par un rendement de tous les engins encore plus faible que pendant la quinzaine précédente.

Les conditions atmosphériques ont été en effet presque constamment défavorables : fréquence des pluies, brume, vents violents et irréguliers, …

Le ballon n'a pu faire aucune ascension utile…. Les cerfs-volants ont fait l'objet de manœuvres aux postes d'observation, en vue d'ascension. Une seule ascension permettant les observations a été faite le 6 Janvier, sur la route de Camblain l'Abbé.
   
Cette ascension à une hauteur de 300 m, a duré de 10h30 à 11h50 et a été interrompue par la pluie. Pendant cette ascension, le Sergent observateur Mourtay a observé les tirs allemands, et les tirs français, lesquels n'ont donné lieu à aucune remarque.
 
Au cours des tentatives effectuées pendant les autres journées, on s'est rendu compte, après lancement du train de cerfs-volants, de l'impossibilité ou de l'inutilité d'ascensionner.

En résumé, pendant cette quinzaine, il y a eu 11 journées de présence sur le champ de bataille, dont 8 avec manœuvres aérostatiques et une seule ascension avec observations"
signé le Lieutenant Commandant la 30ème Cie d'aérostation.

Cet hiver très rude viendra mettre à mal l'utilisation du cerf-volant pour les observations.
   
Mars 1916, un rapport adressé au Grand Quartier Général stipule que les sections de cerf-volant ne font plus d'élévation. Les treuils de cerf-volant sont rapatriés à Chalais-Meudon pour être révisés. Ils ne seront jamais redistribués aux compagnies d'origine.
 

les ballons

Les militaires français copient le ballon cerf-volant allemand, le "Drachen", en construisent de 800m3 et les mettent en service dès 1914.

Perfectionnés par le capitaine Albert Caquot (700m3), ils apparaissent sur le front à l'automne 1915. Caquot imagine ensuite un ballon de 900m3, utilisé en 1916.

Le ballon Caquot est aussi appelé "saucisse".

1916, Saconney crée puis dirige une école d'instruction d'aérostation et de Cerf-volant à Vadenay. En 1917, il est désigné Inspecteur de toutes les compagnies d'aérostiers, puis Directeur de l'Aviation Civile (1919).

1917, Pantenier est nommé chef d'expériences et de fabrication de cerfs-volants aérologiques à l'observatoire de Trappes où il collabore pendant 18 mois avec les meilleurs spécialistes en météorologie.

1918, les troupes d'aérostiers, au nombre de 86, sont équipées, hélas, uniquement de ballon.

voir le reportage sur les ballons d'observation de la Grande guerre